De plus en plus difficile pour nous de nous imaginer un retour en France après plus de 300 jours passés en dehors de l’Hexagone. Pourtant, le 18 Janvier nous décollons en direction de l’Europe. Et c’est avec émotion que j’écris donc notre dernière news, la trente-troisième depuis notre départ de Roissy !
Mardi 11 Janvier, Rio de Janeiro
Nous quittons ce matin Christina notre hôte, Bastien et Tess nos amis Tourangeaux et à fortiori l’Ilha Grande qui nous a ouvert ses plages et montagnes verdoyantes ces derniers jours. Nous allons donc clôturer le plus grand voyage de nos existences par un séjour d’une semaine à Rio de Janeiro. Mon père qui connait (pour l’avoir vécue) la précarité des lieux dans lesquels nous logeons nous invite à passer nos dernières nuits dans un joli hôtel de la ville des Cariocas.
Et c’est après 1 heure de bateau et 2 heures de bus que nous apercevons la fameux Christ Redentor de Corcovado, le symbole de Rio. Le ciel est bleu, la circulation très dense, nous nous frayons un chemin pour atteindre en milieu d’après midi nos pénates. C’est un sacré changement qui nous attend à la descente du taxi lorsqu’un groom vient chercher nos sacs pour les emmener à l’intérieur de l’hôtel. Nous sommes sales, poussiéreux lorsque nous nous retrouvons dans le hall d’accueil au milieu d’une horde de tops model venues séjourner ici pendant la semaine de la mode.
On ne connait pas encore la ville et partons, sans trop savoir, vers le nord pour nous restaurer. Nous sommes en plein milieu du quartier des affaires et zigzaguons entre cadres tirés à quatre épingles et stands de salgados (bouffe de rue). Autour de cette vie urbaine, des buildings et encore des buildings.
Mercredi 12 Janvier, «Trek urbain »
Il ne fait pas très beau à notre réveil mais le temps nous permet tout de même de partir à l’assaut de la ville. On ne le sait pas encore mais le pays va vivre aujourd’hui ses heures les plus noires. A une centaine de kilomètres au Nord, des pluies diluviennes s’abattront sur Teresopolis et Petropolis causant des éboulements faramineux où des quartiers entiers, construits dans l’illégalité la plus totale, vont s’effondrer comme des châteaux de cartes.
Ce coup ci nous partons vers le Sud et marchons, marchons. Nous traversons les quartiers Centro, Gloria, Lapa mais c’est sans aucun doute Santa Teresa qui nous laissera le meilleur souvenir. Certains disent même que c’est le Montmartre de Paris, les bobos et touristes en moins. On s’y perd puis se retrouve pour se rafraichir au coin du zinc d’un bistrot à l’heure de l’apéro. Tous les Brésiliens regardent alors religieusement le petit écran. A la télé on voit une énorme foule célébrer on ne sait quoi au milieu d’une place. Plus tard je crois reconnaitre le joueur de football Ronaldinho. C’est la patronne du bar qui nous éclairera : les 20 000 personnes présentes sont là « seulement » pour fêter la fraiche signature du contrat du joueur de foot anciennement ballon d’or avec le club de Rio, le Flamengo. Le foot, ici, a été élevé au rang de religion populaire!
A la nuit tombée ces quartiers populaires ne sont plus du tout sûrs, c’est plus généralement le problème de l’Amérique du sud. Alors on en part !
Jeudi 13 Janvier, trek urbain 2
Comme il faut bien commencer à penser à notre retour (même si, je dois bien vous l’avouer, on n’en a pas envie), on pense aussi aux souvenirs pour nous et nos amis. On part donc dans le Centro fouiner dans un marché qu’on avait repéré la veille. Certes les prix pratiqués au Brésil sont loin de ceux que nous avons vus en Asie, en Bolivie ou au Pérou mais on réussit tout de même à faire quelques bonnes affaires. Je n’en parle plus, les principaux intéressés le verront à notre retour… ;-)
Plus tard on décide de pousser plus loin notre découverte de la veille du vieux quartier Santa Teresa et ce coup ci, nous y allons avec le tram que l’on appelle ici le « Bonde ». Pour ne pas payer, les gamins du coin s’accrochent comme ils le peuvent au wagon à son passage. Nous ne sommes plus des gamins, nous payons. Santa Teresa est entouré de plusieurs favelas. Dans l’une d’entre elles toutes les maisons sont peintes d’un joli bleu ciel. On apprendra plus tard que ce n’est pas pour des raisons d’esthétisme que tous les habitants se sont entendus sur une couleur unique mais plutôt pour décourager les policiers. Il est en effet plus difficile dans ces conditions là, quand il n’y pas de nom de rues ni de numéros, d’identifier la maison bleue où il y a les méchants…
Et c’est une fois de plus par le plus grand des hasards que nous apercevons Bastien, quitté deux jours auparavant, en train de nous appeler du haut de son balcon. 18 millions d’habitants à Rio, on réussit néanmoins à tomber sur la seule personne que l’on connait dans cette ville !
Alors bien entendu, nous partons tous les quatre boire quelques Skol dans le quartier festif mais néanmoins chaud de Lapa. On en repartira plus tard en taxi, insécurité oblige!
Vendredi 14 Janvier
Où que l’on aille, dès qu’un poste de télévision est allumé, on tombe sur des Cariocas scotchés à l’écran regardant l’évolution de la catastrophe naturelle. 400 morts sont déjà recensés et les prévisions météorologiques ne sont pas optimistes… on pense à ceux qui n’ont plus rien !
Pourtant, à Rio, il fait beau. On décide donc de profiter du plafond bleu pour grimper dans le ciel sur le Pain de Sucre. D’ici, on n’est censé avoir la plus belle vue de Rio et de sa baie. Et c’est vrai que le panorama est impressionnant d’en haut. Pour la première fois, on aperçoit même la plage de Copacabana que nous n’avons pas encore foulée. En haut du pain, entre les boutiques ridicules pour gogos (notamment une bijouterie, il fallait le faire), une petite jungle mais luxuriante emplit les lieux. On se balade donc à la recherche de petits singes qui y ont élu domicile. Bien entendu, on tombe sur un imbécile qui essaie, pour épater ses enfants, de nourrir une de ces petites bêtes. Il a beaucoup de mal à me comprendre quand je lui exprime gentiment mon désaccord…
En milieu d’après midi on décide de casser la croûte dans une des milliers de boulangeries qui vend des salgados. On sait qu’après le football, le culte du corps et la deuxième religion du pays. On n’est pourtant surpris de voir que trône au milieu des cocas, oranginas, 7up, des boites de protéines en poudre pour proposer aux clients bodybuildés des boissons… musclées! Peut-être une idée à proposer à la Mie Caline ?
Il est 19h, il est l’heure pour nous de nous rendre dans le quartier de Lapa pour faire la fête avec les Cariocas et nos deux potes Bastien et Tess qui reprennent l’avion demain pour la France. Lapa est un quartier assez chaud de Rio mais le week-end venu, le soir, toutes les rues sont interdites à la circulation des véhicules et les fêtards remplissent les lieux jusqu’à tard dans la nuit.
La soirée se passe très bien, tous un peu nostalgiques de se dire que nous allons retrouver la froideur française, loin de ces rassemblements populaires des pays du Sud. Une Brésilienne nous apprend même à danser la Samba au pied des arches de Lapa. Il est 3h du matin, Bastien et moi partons à quelques mètres de l’endroit où nous avons pris place. On va chercher dans la rue d’à coté deux bouteilles d’eau et deux caipirinhias (je vous laisse deviner qui a commandé quoi…). Cinq minutes plus tard, nous avons les boissons en main quand Manue, déboussolée, arrive vers moi : elle vient de se faire agresser à l’arme blanche, on lui a volé son appareil photo!
A peine nous nous étions levés Bastien et moi qu’un petit jeune s’installe entre les filles pour réclamer une cigarette. Les filles ne donnent rien. Le petit se lève, va discuter quelques instants avec un plus costaud, puis se rassoit au même endroit. Alors que Manue explique au gamin qu’il n’aura rien, elle se fait tapoter l’épaule, se retourne et le costaud, qui s’était entre temps assis à côté d’elle, lui montre le cutter qu’il tient dans sa main et qui est collé sur le ventre de Manue.
La suite vous l’avez deviné, il lui arrache son appareil photo des mains et ils partent en courant…
On avait réussi à échapper à deux braquages en Amérique du Sud, le troisième a été de trop. Le goût de continuer à faire la fête disparait alors. Nous rentrons dans notre hôtel… en taxi !
Note : Lorsque l’on quitte Lapa, vers 4h, la soirée bat plus que jamais son plein. Il y a plus de monde qu’à minuit !
Samedi 15 Janvier
Journée un peu morose. Manue s’est fait braquer la veille mais, courageuse comme elle est, s’en remet plutôt bien, notre retour en France est dans 72 heures, le temps est aussi triste que nous, on a la gueule de bois. Bref cette journée du 15 Janvier ne mérite pas plus que ces trois lignes.
Dimanche 16 Janvier
On est remonté comme jamais ! Il nous reste deux jours pleins à passer, et c’est l’anniversaire de Manue. On va donc en profiter. On se lève tôt, on engloutit un grand petit déjeuner, on profite de la salle de fitness et de la piscine de l’hôtel pour évacuer toutes les toxines accumulées ces dernières semaines (et il y a beaucoup de boulot !).
Le dimanche, Rio est mort excepté sur ses plages. Il fait beau, c’est donc le parfait jour pour découvrir la plage de Copacabana. On prend le bus 152 qui nous dépose, après avoir traversé la ville, dans l’avenida Nossa Senhora.
Copacabana est moche, très moche. Encore plus bétonnée que le front de mer de la Baule. Mais cet endroit reste mythique. Les habitants de Copacabana appartiennent à la classe moyenne mais de plus en plus (comme partout…) à la classe populaire. Ajoutez les marchands ambulants venus des favelas voisines, quelques mendiants et vous obtenez un cocktail singulier. On marche donc le long des quatre kilomètres de plage pour découvrir tout ce petit monde. Une fois de plus, on tombe sur ces « ramasseurs de canettes vides » qui, pour une poignée de Reals, sillonnent les rues de la ville à la recherche de l’alu si précieux à leurs yeux.
Des parties de football et de volley-ball s’improvisent entre les agrès dédiés au renforcement musculaire des Cariocas. Partout, le string est roi et il est toujours marrant de tomber nez à nez avec une trentenaire pulpeuse au fessier durcit par l’exercice mais portant, comme nos adolescents, un appareil dentaire. Au Brésil, encore plus qu’ailleurs, c’est l’apparence qui mène la danse. Il n’y a donc pas d’âge pour aligner ses ratiches et avoir une aussi belle dentition que nos acteurs d’Hollywood!
Lundi 17 Janvier, Le Corcovado
Demain c’est le grand départ. Je pense qu’on ne réalise pas vraiment le changement de style de vie qui nous attend. Peu importe, on ne veut pas trop y penser !
On part alors passer notre dernière journée pleine à la rencontre du Chris Redempteur du Corcovado. Depuis le début de notre séjour à Rio nous voyons la statue, perchée à plus de 700 mètres et semblant veiller sur tous les Cariocas. On s’était gardé sa visite, qui nous semblait être symbolique, sous le coude. Erreur !
En fait, on peut dire que la visite du Christ est un attrape-couillon ! Après s’être rendu au pied de la montagne en bus local, nous avons la grande surprise de découvrir que, pour accéder au site, il faut sois prendre un funiculaire, soit un minivan détenu par une compagnie ayant le monopole. Je demande à différents chauffeurs de la boite s’il ne m’est pas possible de prendre un bus local ou un taxi. Ils me répondent tous, récitant parfaitement leur leçon, que ni les bus, ni les taxis ne sont habilités à prendre la route qui mène à la statue. Pris en otage, nous n’avons pas d’autres choix que de passer par la solution la plus économique, le minivan. On paiera tout de même 10€ chacun pour un trajet de quinze minutes (quinze minutes de taxi coutent trois fois moins cher à Rio). Dans notre minivan nous sommes seize, le chauffeur empochera pour cette toute petite course l’équivalent d’un mois d’un bas salaire au Brésil…
Arrivés en haut, nous constatons que les taxis avaient bien le droit d’accéder au site. Nous réglons l’accès au parc d’attraction et prenons un nouveau bus qui nous emmène au sommet de la montagne Corcovado. Et là, la vue est magnifique. Du béton permettant de vendre saucisses, coca-cola et saloperies en tout genre entoure la base de la statue. La plate forme accueillant le Christ est bourrée à craquer de gogo comme moi. On peine à se frayer un chemin pour observer la vue qui se propose à nous. Parfois on est à deux doigts de marcher sur le visage d’un gugusse qui s’est couché par terre pour prendre la photo de son pote écartant les bras à la manière du Christ Rédempteur.
Au bout de dix minutes de ce cirque, blasés, on redescend ! Amis lecteurs, si un jour vous avez la chance de vous rendre à Rio, évitez d’aller sur le Corcovado mais ne loupez pas le Pain de Sucre !
Plus tard, nous partons au restaurant pour ce qui sera notre dernier diner autour du monde. Pour l’anniversaire de Manue, nous avons réservé dans un endroit où l’on peut manger des fruits de mer à volonté. On part donc sur Copacabana se gaver de langoustines, crevettes, huitres, poissons marinés et surtout langoustes. On quitte notre table plus que rassasiés, les tenanciers n’ont pas dû voir si souvent des clients se resservir autant. Ce qu’ils ne savent pas c’est que nous avions fait exprès de ne pas déjeuner à midi ;-)
Mardi 18 Janvier, Le grand retour
J’écris ces dernières lignes allongé sur le lit de ma chambre d’hôtel. Je vois Manue s’activer pour faire son sac. Malheureusement pour nous, la prochaine fois que nous le déferons, nous serons dans notre pays natal.
Le rêve prend fin, l’avion décolle ce soir, on ne veut pourtant pas atterrir.
On commence à peine à faire le point sur notre voyage et les premiers souvenirs qui nous reviennent sont les moments passés avec les gens. On ne remerciera jamais assez tous les locaux rencontrés sur la route qui nous ont accueillis, aidés, fait partager un bout de leur vie. On ne remerciera jamais assez tous les routards qu’on a rencontrés et avec lesquels on a partagé tant de bons moments. Et bien sûr, on vous remercie, vous lecteurs, qui nous avez suivis pendant ces 10 mois, et qui nous avaient envoyés tous ces mots d’encouragements.
Sans tous ces gens, ce blog n’aurait eu aucun sens !
Commentaires
Un grand merci pour vos récits, superbement bien racontés!!
A bientôt et grosses bises,
Big up!
Je vous embrasse fort et vous dit à très vite!!!!!
On se voit bientôt!
N'empêche, dernière news émouvante, heureuse d'avoir suivi votre périple depuis le froid relatif du sud est français !
vous êtes tous les deux les bienvenus à montpel !
bon retour et gros bisous
Je ne vous ai jamais écris, mais cela fait 10 mois que j'attends avec impatience, tous les 15 jours environ, la suite de vos aventures ! Que je vous envie ! Plein de voyages à mon actif, mais jamais un comme le vôtre !
J'espère que le retour à la réalité n'est pas trop dur ? J'appelle cela le "post-travel blues". L'expression a même été reprise par un ami américain ! Je vais la déposer ! car le retour est horrible ! Bon courage à vous, repartez le pied léger et l'âme aussi belle que celle qui vous a motivée pendant 10 mois.
On attend la suite... why not ?
Merci pour ton mot!
Catch you up in a couple of weeks